À la fin des années 80, l’univers automobile est en pleine ébullition. C’est une époque de démesure où les constructeurs cherchent à repousser les limites physiques et technologiques pour décrocher le titre de la voiture la plus rapide du monde. Dans ce contexte de compétition acharnée, une automobile mythique voit le jour, portant les espoirs de toute une nation : la Jaguar XJ220. Conçue initialement comme un concept-car destiné à célébrer le savoir-faire britannique, cette supercar a connu une trajectoire tumultueuse, oscillant entre promesses inouïes et réalités industrielles complexes. Retour sur l’histoire fascinante d’une machine qui, en 2026, continue de captiver les collectionneurs et les passionnés de mécanique d’exception.
La genèse d’une icône : du rêve de Birmingham à la réalité industrielle
L’aventure débute véritablement au Salon de l’automobile de Birmingham en 1988. Jaguar dévoile un prototype qui laisse le public et la presse spécialisée sans voix. L’objectif est clair : créer une voiture de sport capable de rivaliser avec les géants italiens et allemands, tout en capitalisant sur les succès de la marque en endurance, notamment aux 24 Heures du Mans. Le nom de code, XJ220, n’est pas choisi au hasard ; il incarne une promesse de vitesse, celle d’atteindre les 220 miles par heure (environ 354 km/h).
Ce concept initial était une vitrine technologique éblouissante. Il proposait une transmission intégrale et, surtout, un noble moteur V12 de 6,2 litres développant 500 chevaux. L’enthousiasme est tel que des centaines d’acheteurs potentiels s’empressent de verser un acompte, signant pratiquement un chèque en blanc pour acquérir ce chef-d’œuvre d’ingénierie et de design automobile. Cependant, le passage du rêve à la chaîne de production va imposer des compromis drastiques qui changeront à jamais l’identité du véhicule.
Les bouleversements techniques et la controverse du moteur
Lorsque les ingénieurs se penchent sur l’industrialisation du projet, la réalité technique et économique rattrape les ambitions de départ. Le châssis, jugé trop lourd et complexe avec le V12 et la transmission intégrale, subit une refonte majeure. La décision la plus controversée reste l’abandon du douze cylindres au profit d’un V6 biturbo de 3,5 litres, dérivé de la compétition (la XJR-10). Si ce choix permet d’optimiser le poids et la répartition des masses, il est perçu comme une trahison par de nombreux clients puristes qui associaient le prestige de la marque à l’architecture V12.
De plus, la transmission intégrale cède la place aux seules roues arrière motrices. Nous sommes au début des années 90, la crise économique mondiale frappe de plein fouet le marché du luxe, et le prix de la voiture s’envole, dépassant les prévisions initiales. Malgré ces vents contraires, la Jaguar XJ220 conserve une aura indéniable, celle d’une bête de course homologuée pour la route, brute et sans concession.
Performances de la Jaguar XJ220 : des chiffres qui défient le temps
Même amputée de la moitié de ses cylindres théoriques, la version de série reste une merveille de performances. Le V6 biturbo, loin d’être un choix au rabais, délivre une puissance phénoménale pour l’époque. Avec 549 chevaux sous le capot arrière et un couple camionnesque, la voiture offre des accélérations foudroyantes. Elle abat le 0 à 100 km/h en moins de 4 secondes, un exploit qui la place directement dans le rétroviseur des références de son temps.
Le véritable tour de force réside dans sa vitesse de pointe. En 1992, sur l’anneau de Nardò, la XJ220 est chronométrée à 341,7 km/h (212,3 mph). Elle décroche alors le titre de voiture de série la plus rapide du monde, un record qu’elle conservera jusqu’à l’arrivée de la McLaren F1. Ces chiffres prouvent que, malgré les critiques sur sa sonorité ou son architecture, l’efficacité aérodynamique et mécanique était bien au rendez-vous.

Fiche technique et caractéristiques clés
Pour mieux comprendre ce qui fait de la XJ220 une machine d’exception, il est essentiel d’analyser ses spécificités techniques. Voici un aperçu des données qui ont forgé sa légende :
| Caractéristique 🛠️ | Détails techniques 📊 |
|---|---|
| Moteur | V6 Biturbo 3.5L (Type JRV-6) |
| Puissance | 549 ch à 7 200 tr/min |
| Couple | 644 Nm à 4 500 tr/min |
| Transmission | Propulsion (RWD), boîte manuelle 5 rapports |
| Vitesse Max | 341,7 km/h 🏁 |
| Production | 281 exemplaires (1992-1994) |
La conduite de cette supercar demande une humilité certaine. Dépourvue des aides électroniques modernes omniprésentes en 2026, la XJ220 est une voiture physique. L’absence de direction assistée à basse vitesse et un turbo lag (temps de réponse) prononcé exigent un pilotage fin et anticipatif. C’est cette authenticité, parfois brutale, qui séduit aujourd’hui les amateurs de sensations pures, lassés des sportives trop aseptisées.
Héritage et réhabilitation d’un chef-d’œuvre incompris
Longtemps boudée en raison de sa genèse compliquée et de la déception liée au changement de moteur, la Jaguar XJ220 connaît depuis quelques années une véritable réhabilitation. Avec le recul, les collectionneurs reconnaissent la pureté de son design, signé Keith Helfet. Ses lignes fluides, étirées sur près de 5 mètres, n’ont pas pris une ride et évoquent une époque où l’aérodynamisme dictait la forme avec élégance.
En 2026, la rareté du modèle — moins de 300 exemplaires produits — en fait un investissement de choix. Les prix s’envolent lors des ventes aux enchères, la voiture étant désormais célébrée pour ce qu’elle est : une prouesse technique audacieuse et le témoignage d’une période charnière de l’histoire automobile britannique. Elle ne souffre plus de la comparaison, mais s’apprécie comme une œuvre d’art mécanique singulière.
Pourquoi la XJ220 fascine-t-elle encore ?
Au-delà des chiffres, c’est l’âme de cette voiture qui continue de vibrer. Elle représente un pari industriel fou, un « rêve brisé » pour certains, mais surtout une réalisation concrète exceptionnelle. Voici les éléments qui maintiennent sa légende vivante :
- 🚀 Performance brute : Le record de vitesse de 1992 reste un marqueur historique indélébile.
- 🎨 Design intemporel : Une silhouette basse et large qui incarne la fluidité absolue, sans aileron disgracieux.
- 💎 Exclusivité : Avec seulement 281 unités, croiser une XJ220 est un événement rarissime.
- ⚙️ Mécanique de course : Le moteur, issu du groupe C, offre un lien direct avec la compétition automobile de haut niveau.
- 🇬🇧 Prestige historique : Elle reste la dernière véritable supercar « analogique » produite par Jaguar.
Finalement, la Jaguar XJ220 a survécu à ses propres controverses pour s’imposer comme un monument. Elle nous rappelle qu’en matière d’automobile ancienne, l’émotion naît souvent des imperfections et des histoires humaines complexes qui se cachent derrière le métal et la fibre de carbone.
Pourquoi la Jaguar XJ220 n’a-t-elle pas eu de moteur V12 ?
Le moteur V12 du concept initial a été remplacé par un V6 biturbo pour des raisons de poids, d’encombrement et de normes antipollution. Le V6, dérivé de la compétition, offrait finalement des performances supérieures tout en étant plus compact.
Quelle est la valeur actuelle d’une Jaguar XJ220 en 2026 ?
La cote de la XJ220 a fortement augmenté. Selon l’état, l’historique et le kilométrage, les prix peuvent varier considérablement, oscillant souvent entre 500 000 et plus de 700 000 euros lors des ventes aux enchères prestigieuses.
Combien d’exemplaires de la Jaguar XJ220 ont été produits ?
La production totale s’élève à seulement 281 exemplaires, construits entre 1992 et 1994, ce qui en fait une supercar extrêmement rare comparée à certaines de ses concurrentes de l’époque comme la Ferrari F40.
La Jaguar XJ220 est-elle difficile à conduire ?
Oui, c’est une voiture exigeante. Elle est très large (plus de 2 mètres), offre peu de visibilité arrière, ne possède pas d’aides à la conduite modernes et son moteur turbo délivre sa puissance de manière parfois brutale.
Journaliste automobile depuis 20 ans, ancien chroniqueur pour Auto-Rétro, passionné de mécanique et de storytelling.

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