Le mythe de la Renault Super 5 GT Turbo : une capsule temporelle des années 80
En 2026, la nostalgie automobile bat son plein et peu de véhicules incarnent aussi bien l’esprit débridé des années 80 que la Renault Super 5 GT Turbo. Alors que la Renault 5 tirait sa révérence au milieu de la décennie 80, la Régie a lancé la Super 5, une voiture entièrement repensée. L’objectif était clair : succéder à la légende tout en conservant les codes stylistiques qui avaient fait son succès. Mais pour la version sportive, pas question de passer à l’injection comme la concurrence sochalienne. Renault reste fidèle à son ADN de compétition : le turbocompresseur.
Cette décision technique a donné naissance à une voiture sportive radicale, souvent surnommée la « bombinette ». Sous le capot, on ne trouve pas de technologie de pointe pour l’époque, mais un assemblage audacieux. Le constructeur a repris l’antique « bloc Cléon » en fonte, une architecture moteur datant des années 60, pour lui greffer un Turbo Garrett T2 soufflant à 0,7 bar. C’est ce mélange d’archaïsme mécanique et de suralimentation forcée qui confère à la GT Turbo son caractère explosif, bien loin des standards linéaires des véhicules modernes.
Un design jogging et baskets indémodable
Esthétiquement, la GT Turbo ne fait pas dans la dentelle. Elle arbore fièrement son kit carrosserie, ses élargisseurs d’ailes et ses pare-chocs spécifiques qui semblent tout droit sortis d’une époque où la subtilité n’était pas la priorité. 🚗 Ce look, que certains qualifiaient de « tuning » avant l’heure, est aujourd’hui ce qui fait tout son charme auprès des collectionneurs. Les jantes alu en 13 pouces, minuscules par rapport aux standards de 2026, contribuent à cette allure de karting prêt à bondir.
À l’intérieur, c’est un voyage immédiat dans le passé. Les plastiques sont durs, granuleux et fragiles, typiques de la réduction des coûts de l’époque. L’instrumentation rouge vif, avec ce fameux manomètre de pression de turbo qui s’agite au gré des accélérations, reste le point central de l’habitacle. Malgré une finition qui vieillit mal — les plastiques se rayent et cassent — les sièges offrent un maintien surprenant, essentiel pour encaisser les virages avec cette voiture sportive légère.
Performances et sensations de conduite : l’effet « coup de pied aux fesses »
Ce qui distingue véritablement la Super 5 GT Turbo de sa rivale de toujours, la 205 GTI, c’est la manière dont la puissance est délivrée. Oubliez la progressivité. Ici, tout se joue autour des 2 500 tours/minute. En dessous, le petit 1.4L est creux, presque apathique. Mais une fois le turbo en charge, c’est une autre histoire. Le couple débarque brutalement, propulsant les moins de 900 kg de l’auto avec une vigueur qui surprend encore aujourd’hui. 💨
Ce caractère « on/off » a forgé sa réputation, parfois effrayante. On a souvent entendu parler du risque d’accélérer en virage, l’arrivée brutale du couple pouvant déstabiliser le train avant et envoyer la voiture au décor. En réalité, le châssis est excellent : un train avant triangulé et un essieu arrière à quatre barres de torsion assurent un guidage rigoureux. C’est une auto qui demande de l’humilité et de l’anticipation. Le 0 à 100 km/h abattu en moins de 8 secondes reste une valeur respectable, capable de tenir tête à bien des GTI modernes sur les petites routes sinueuses.

Fiabilité et entretien : l’usine à gaz sous le capot
Posséder une GT Turbo en 2026 demande des compétences en mécanique ou un portefeuille bien garni. Le moteur turbo Cléon est robuste s’il est respecté, mais son environnement est complexe. La chaleur est l’ennemi numéro un de cette mécanique confinée. Le système de refroidissement doit être irréprochable pour éviter les joints de culasse, un classique sur ce modèle. L’anti-percolateur (un ventilateur censé refroidir la base du carburateur à l’arrêt) est souvent défaillant, rendant les redémarrages à chaud laborieux.
Les propriétaires avertis savent que le respect des temps de chauffe et de refroidissement est non négociable. Couper le contact immédiatement après une « bourre » est le meilleur moyen de carboniser l’huile dans le palier du turbo. 🌡️ Pour la restauration, la disponibilité des pièces détachées s’est améliorée grâce aux spécialistes youngtimers, mais certains éléments de carrosserie ou de sellerie deviennent introuvables ou hors de prix.
Conseils d’achat et points de vigilance pour 2025-2026
Le marché a évolué. La Super 5 GT Turbo n’est plus une « bagnole d’occasion » pas chère, c’est un objet de collection dont la cote s’envole. Trouver un exemplaire « stock » (d’origine) relève du défi, tant ces voitures ont été modifiées, rabaissées ou coursifiées dans les années 90 et 2000. Une version Phase 2 (120 ch) est souvent préférée pour son allumage électronique plus fiable et ses légères améliorations esthétiques, bien que la Phase 1 (115 ch) garde le charme de la rareté.
Voici les éléments cruciaux à inspecter avant de craquer :
- 🔍 Corrosion : Vérifiez impérativement la baie de pare-brise, les bas de caisse et les passages de roues. La « Super 5 » rouille, et vite.
- 💨 Fumée à l’échappement : Une fumée bleue à l’accélération ou au lever de pied signale souvent un turbo en fin de vie ou une segmentation fatiguée.
- ⚙️ Boîte de vitesses : La commande doit être précise. Un jeu excessif dans le levier est fréquent mais peut cacher une tringlerie usée.
- 🌡️ Circuit de refroidissement : Inspectez le vase d’expansion et le radiateur. Toute trace de « mayonnaise » ou de surpression est un drapeau rouge immédiat.
- 🔌 Faisceau électrique : Les faux contacts sont légion (vitres, ventilateur, tableau de bord). Vérifiez que tout fonctionne.
Il ne faut pas oublier que cette voiture a souvent été brutalisée. Un historique limpide et des factures d’entretien récentes valent mieux qu’une peinture neuve cache-misère.
Comparatif technique : Phase 1 vs Phase 2
Pour vous aider à identifier les différences majeures entre les deux versions principales, voici un récapitulatif technique. Ces données permettent de mieux comprendre l’évolution du modèle et ce que vous pouvez attendre en termes de performances.
| Caractéristique | GT Turbo Phase 1 (1985-1987) | GT Turbo Phase 2 (1987-1991) |
|---|---|---|
| Puissance | 115 ch DIN à 5750 tr/min | 120 ch DIN à 5750 tr/min |
| Couple | 16,8 mkg à 3000 tr/min | 16,8 mkg à 3750 tr/min |
| Allumage | Classique (RE 208) | Électronique (AEI Renix) |
| 0 à 100 km/h | 8,0 secondes | 7,8 secondes |
| Refroidissement Turbo | Air | Eau (plus fiable) |
| Signes distinctifs | Pare-chocs gris mat, calandre à lattes | Pare-chocs peints, becquet, nouvelles jantes |
Peut-on utiliser une Super 5 GT Turbo au quotidien en 2026 ?
C’est techniquement possible, mais déconseillé. La consommation élevée (facilement 10L/100km), l’absence de confort moderne (pas de clim, direction lourde à l’arrêt) et surtout la vulnérabilité au vol et à la corrosion en font une voiture plaisir pour le week-end plutôt qu’un daily driver.
Quelle est la différence de conduite entre une 205 GTI et une GT Turbo ?
La 205 GTI (surtout la 1.9L) offre un moteur atmosphérique plein et linéaire avec un train arrière très vif. La GT Turbo joue sur l’effet « on/off » du turbo, offrant des reprises plus explosives mais demandant plus d’anticipation pour gérer l’arrivée de la puissance en virage.
Pourquoi le moteur chauffe-t-il souvent sur ce modèle ?
Le compartiment moteur est très petit et le turbocompresseur génère énormément de chaleur. Le radiateur d’origine est parfois sous-dimensionné pour les conditions modernes. Un système de refroidissement mal entretenu (calorstat bloqué, radiateur entartré) entraîne rapidement une surchauffe.
Quel carburant utiliser pour préserver le moteur ?
Il est impératif d’utiliser du Sans Plomb 98. Le SP95 ou l’E10 peuvent provoquer du cliquetis destructeur pour ce moteur turbo ancienne génération à carburateur.
Théo adore expliquer simplement des choses compliquées. Quand il ne retape pas une Golf GTI, il écrit pour transmettre ses astuces avec clarté. Il aime faire comprendre le « pourquoi du comment », sans jargon, avec passion et précision.

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