L’héritage insolite de l’œuf roulant : genèse d’une révolution urbaine
Dans le vaste panorama de l’histoire automobile, peu de véhicules suscitent une sympathie aussi immédiate que l’Iso Isetta. Née au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, cette micro-voiture incarne l’ingéniosité face à la pénurie. L’Europe, en pleine reconstruction, avait besoin de solutions de transport économiques, capable de rivaliser avec le succès grandissant des scooters Vespa et Lambretta. C’est dans ce contexte que Renzo Rivolta, un industriel italien initialement spécialisé dans les réfrigérateurs (Iso SpA Refrigeratori), décide de changer la donne. En 2026, alors que nos centres urbains sont saturés, ce concept visionnaire de mobilité urbaine résonne avec une pertinence étonnante.
Le design unique de l’Isetta n’est pas le fruit du hasard, mais de l’aéronautique. L’ingénieur Ermenegildo Preti, inspiré par les avions-cargos, dessine une forme ovoïde révolutionnaire. Ce n’est pas seulement une question d’esthétique : cette conception permet d’optimiser l’espace intérieur tout en réduisant la consommation de matériaux. Surnommée « l’œuf roulant » en Allemagne ou le « pot de yaourt » en France, elle a su marquer son époque par son audace.
De l’Italie à la conquête mondiale : les multiples visages de l’Isetta
Si l’Isetta est née italienne, son succès est véritablement international. Après des débuts modestes en Italie, où la concurrence de la Fiat 500 était féroce, le destin de cette voiture mythique bascule en 1954. Lors des célèbres Mille Miglia, trois Isetta remportent les premières places à l’indice de performance, attirant l’attention de BMW. Le constructeur bavarois, alors au bord de la faillite et dont les usines de l’Est étaient sous contrôle soviétique, voit en elle une bouée de sauvetage.
La crise du canal de Suez en 1956, entraînant une flambée des prix du carburant, propulse définitivement la carrière de la petite allemande. Mais elle n’est pas seule : la France avec Velam et le Brésil avec Romi produisent leurs propres versions, chacune apportant des modifications techniques et esthétiques notables pour s’adapter aux marchés locaux. C’est cette capacité d’adaptation qui a permis à l’Isetta de devenir une icône mondiale des années 1950.
Comparatif des déclinaisons internationales
Il est fascinant d’observer comment une même base technique a pu évoluer différemment selon les pays producteurs. Voici les distinctions majeures entre les versions les plus emblématiques :
| Constructeur | Pays 🏳️ | Motorisation ⚙️ | Particularité technique |
|---|---|---|---|
| Iso | Italie | 2 temps, bicylindre (technique Puch) | Moteur à cylindres parallèles et bielle fourchue. |
| BMW | Allemagne | 4 temps, monocylindre (245cc puis 295cc) | Refroidissement par turbine, fiabilité accrue. |
| Velam | France | 2 temps | Structure monocoque sans châssis tubulaire, design arrière revu. |
| Romi-Iso | Brésil | 2 temps puis 4 temps (BMW) | Première voiture produite en série au Brésil. |

Conception et caractéristiques techniques : le génie du minimalisme
Le véritable tour de force de l’Isetta réside dans ses caractéristiques techniques qui défient les conventions. L’élément le plus frappant est sans conteste sa porte frontale unique. Pour permettre au conducteur et au passager de s’installer sans contorsions, la colonne de direction est solidaire de la porte : elle pivote vers l’extérieur grâce à un joint de cardan astucieux. Cette architecture permettait de se garer face au trottoir et de descendre directement sur le pavé, une solution d’une modernité absolue pour le stationnement urbain.
Sous sa carrosserie en acier, le châssis tubulaire (sur les versions Iso et BMW) accueille une voie arrière très étroite. Cette spécificité permettait de se passer d’un différentiel, coûteux et lourd. Les deux roues arrière sont entraînées par une double chaîne, simplifiant la mécanique à l’extrême. Côté motorisation, si l’originale italienne utilisait un deux-temps ingénieux à balayage en « U », BMW a opté pour un monocylindre quatre temps emprunté à sa moto R25, offrant plus de couple et une sonorité moins pétaradante.
Détails insolites et sécurité avant-gardiste
Malgré sa taille réduite, la sécurité n’était pas totalement absente des préoccupations, bien que rudimentaire selon nos standards de 2026. Le toit ouvrant en toile, souvent perçu comme un accessoire de loisir, était en réalité une issue de secours obligatoire : en cas de choc frontal bloquant la porte unique, c’était la seule sortie possible pour les occupants.
Voici quelques traits marquants qui définissent cette innovation automobile :
- 🚪 Accès frontal : Le volant et le tableau de bord pivotent avec la porte pour libérer l’accès.
- ☀️ Toit ouvrant de série : Conçu comme sortie de secours en cas d’accident.
- 🤏 Absence de différentiel : La voie arrière de 52 cm rend ce mécanisme inutile.
- 🎸 Cote de popularité : Elvis Presley en a offert une à son manager, prouvant son statut d’icône.
- 🇬🇧 Version trois roues : Au Royaume-Uni, une version tri-roues existait pour des raisons fiscales et de permis.
L’empreinte culturelle et la renaissance électrique
Au-delà de la mécanique, l’Isetta a marqué la culture populaire. Des stars comme Cary Grant s’affichaient à son volant, et elle est devenue le symbole d’une liberté retrouvée et accessible. Son design compact a traversé les décennies, inspirant même les concepteurs contemporains. Si le « Project i » de BMW au milieu des années 2000 n’a pas abouti à une Isetta moderne directe, l’esprit du véhicule perdure.
En 2018, la Microlino, conçue par le suisse Micro Mobility Systems, a repris le flambeau avec une fidélité esthétique troublante, mais propulsée par une motorisation 100% électrique. Cela prouve que le concept de Renzo Rivolta était visionnaire : une bulle de protection minimale pour des trajets courts, économe en énergie et en espace. Aujourd’hui, collectionner une Isetta, c’est préserver un fragment d’histoire où l’optimisme se mesurait à l’ingéniosité plutôt qu’à la puissance.
Quelle est la vitesse maximale d’une Isetta d’époque ?
La vitesse de pointe varie selon les modèles et les motorisations, mais une BMW Isetta 300 en bon état peut atteindre environ 85 km/h, bien que sa vitesse de croisière confortable se situe plutôt autour de 70 km/h.
L’Isetta est-elle une voiture sûre pour la conduite actuelle ?
Selon les normes de 2026, l’Isetta offre une protection passive très limitée. Elle ne dispose pas de zones de déformation ni d’airbags. C’est un véhicule de collection à utiliser avec prudence, idéalement pour des balades sur routes secondaires ou en ville, loin du trafic autoroutier rapide.
Combien coûte une Iso Isetta aujourd’hui ?
La cote a fortement grimpé. Une Isetta à restaurer peut se négocier autour de 10 000 à 15 000 €, tandis qu’un modèle en état concours, particulièrement les rares versions originales Iso ou les cabriolets, peut dépasser les 40 000 €, voire 50 000 € aux enchères.
Pourquoi l’Isetta a-t-elle 4 roues alors qu’elle semble en avoir 3 ?
L’Isetta standard possède 4 roues. Les deux roues arrière sont très rapprochées (voie étroite) pour éviter l’installation d’un différentiel coûteux, ce qui donne l’illusion d’une seule roue centrale. Seules les versions produites pour le Royaume-Uni avaient réellement 3 roues pour profiter d’une taxation avantageuse (catégorie tricycle).
Journaliste automobile depuis 20 ans, ancien chroniqueur pour Auto-Rétro, passionné de mécanique et de storytelling.

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