Lohéac, petite commune du sud de l’Ille-et-Vilaine, ne compte que 700 habitants. Et pourtant, ce village breton attire chaque année des dizaines de milliers de curieux, venus du monde entier. La raison de cet engouement ? Un manoir du XVIIe siècle qui dissimule, derrière ses murs de pierre, une collection exceptionnelle de plus de 400 véhicules.
Le Manoir de l’Automobile et des Vieux Métiers s’impose comme l'un des plus beaux musées automobiles d’Europe. Sur près de 15 000 m² d’exposition, voitures populaires, modèles de prestige, bolides de course et même véhicules amphibies racontent ensemble l’épopée du moteur. Chaque pièce, bichonnée comme au premier jour, semble prête à rugir de nouveau. Même si 95 % des voitures fonctionnent parfaitement, elles demeurent bien au chaud, à l’abri des regards dans ce sanctuaire de la mécanique.
Michel Hommel, le passionné qui a transformé un manoir en temple automobile
Derrière cette aventure hors norme se cache un homme : Michel Hommel. Ce Lorrain, ancien pilote de rallye devenu patron de presse, a eu le coup de foudre pour cette bâtisse il y a quarante ans. À l’époque, il cherchait un écrin pour abriter les quelques voitures qu’il collectionnait depuis ses 18 ans. Le manoir de Lohéac, avec son charme suranné et ses volumes généreux, correspondait parfaitement à ses attentes.
Aujourd’hui âgé de 82 ans, le passionné ne compte plus ses trésors. Sa collection dépasse les 400 modèles, répartis dans les anciennes écuries et les dépendances du domaine. Des voitures hippomobiles aux Formule 1, en passant par une cinquantaine de motos et vélos anciens, chaque recoin du manoir célèbre l’art automobile sous toutes ses formes.
Un siècle d’histoire automobile raconté sur 15 000 m²
La visite débute par un voyage dans le temps. La De Dion Bouton de 1899, doyenne du musée, trône fièrement à côté d’un exemplaire du célèbre Taxi de la Marne. Ces ancêtres côtoient ensuite toutes les voitures populaires d’après-guerre : la 4 CV, la Dauphine, l’Aronde ou encore la mythique 2 CV. Un parcours nostalgique qui évoque la reconstruction et les Trente Glorieuses.
Des voitures populaires aux modèles les plus prestigieux
Au fil des salles, le regard s’évade vers des horizons plus exotiques. De superbes Cadillac des années trente et cinquante déploient leurs chromes étincelants. L’une d’elles, particulièrement remarquable, a appartenu à l’ancien président égyptien Gamal Abdel Nasser. Les amateurs de luxe apprécieront également les Packard, Rolls-Royce, Jaguar et autres La Fayette, alignées comme sur un tapis rouge.
Les amoureux de vitesse ne sont pas en reste. Plusieurs Ferrari se dressent au milieu du hall, dont la monoplace de Formule 1 pilotée en 1983 par René Arnoux et Patrick Tambay. Les motos de grand prix, les voitures à pédales et un impressionnant collection de 3 000 maquettes complètent ce panorama riche en émotions.
- 🚗 La De Dion Bouton de 1899, véritable ancêtre du musée
- 🏁 La grille de départ de Formule 1 reconstituée avec de vrais bolides
- 🏆 La Ferrari F1 de René Arnoux et Patrick Tambay, année 1983
- 👑 La Cadillac ayant appartenu au président égyptien Gamal Abdel Nasser
- 🧭 Le Colibri, célèbre bateau de course offshore de Didier Pironi
- 🏎️ La collection Alpine unique au monde, avec une série colorée de Lamborghini
Une grille de Formule 1 reconstituée, spectacle unique au monde
Le clou du spectacle demeure sans conteste la grille de départ de Formule 1 reconstituée dans l’une des ailes du manoir. Impossible de rester insensible face à ces monoplaces alignées comme pour un Grand Prix. L’atmosphère des paddocks ressuscite, avec ses couleurs vives et ses motoristes passionnés. La collection Alpine, saluée comme unique au monde, trouve naturellement sa place dans ce dispositif d’exception.
Les voitures des 24 Heures du Mans et de rallyes ajoutent une touche d’endurance et de bravoure à l’ensemble. On s’attend presque à entendre les moteurs vrombir, à respirer l’odeur de gomme brûlée. Les 95 % de véhicules encore en état de marche rendent l’illusion d’autant plus troublante.
Autre pièce rare, et non des moindres : le Colibri, ce fameux bateau de course offshore ayant appartenu au pilote Didier Pironi. C’est à son bord que le champion a perdu la vie, lors d’un terrible accident. Un hommage poignant, qui rappelle que la passion mécanique rime parfois avec tragédie.
Le musée des vieux métiers : une ruelle d’autrefois sous le même toit
La visite ne s’arrête pas aux portes de l’automobile. Sous le même toit, le musée des vieux métiers transporte les visiteurs dans un tout autre univers. Une vingtaine de boutiques et ateliers reconstitués s’articulent autour d’une ruelle pavée, peuplée de mannequins en habits d’époque.
Le promeneur croise ainsi un chapelier, un coiffeur, un boucher, un boulanger ou encore un taxidermiste. Chaque échoppe regorge de détails authentiques, des outils aux marchandises, comme si les artisans venaient de quitter leur poste de travail. Les objets d’époque, soigneusement collectionnés, racontent le quotidien des générations passées avec une précision saisissante.
Informations pratiques et retombées économiques pour le village
Le Manoir de l’Automobile et des Vieux Métiers se situe au 4 rue de la Cour Neuve, à Lohéac, à deux pas de la mythique piste de rallycross. En août, le site ouvre ses portes tous les jours de 10 h à 19 h. Comptez 15 € pour un adulte, 11 € pour les jeunes de 10 à 16 ans et 13 € pour les groupes à partir de 25 personnes. Les enfants de moins de 10 ans bénéficient de la gratuité, accompagnés de leurs parents.
Pour toute demande, le standard répond au 02 99 34 02 32. Les informations complémentaires sont disponibles sur le site www.manoir-automobile.fr.
Cette effervescence touristique profite pleinement à la commune. Avec environ 60 000 visiteurs chaque année, le musée insuffle une vraie dynamique locale. Les commerçants de Lohéac, eux, ne cachent pas leur satisfaction : impossible de rater une telle manne, même quand le village ne compte que 700 âmes à l’année. Une preuve supplémentaire que la passion automobile sait aussi faire battre le cœur des territoires ruraux.

À 34 ans, ancien journaliste spécialisé dans l’automobile, je me suis réorienté en tant que chroniqueur indépendant, partageant analyses et opinions avec passion et rigueur.