Quand une Renault 8 Gordini s’arrête au coin d’une rue ou au cœur d’un rassemblement de youngtimers, le temps semble se suspendre. Cette petite berline bleue, frappée de ses deux bandes blanches emblématiques, capture instantanément tous les regards. Elle n’est pas seulement une automobile ; elle incarne un pan vivant de l’histoire industrielle française, une époque où la performance devenait enfin accessible au plus grand nombre. Pour les collectionneurs et les amateurs de mécanique pure en 2026, la « Gorde » reste une valeur sentimentale et technique inestimable, vibrant encore au rythme du goudron et des virages serrés.
Genèse et transformation technique : de la R8 Major à la sorcellerie Gordini
L’histoire de ce mythe commence sur les bases d’une berline populaire. La Renault 8, apparue au début des années 60, avait la lourde tâche de succéder à la Dauphine, une voiture à l’histoire riche, en proposant une ligne plus anguleuse et moderne. Si la version « Major » avait déjà posé les fondations avec une motorisation plus valorisante, c’est l’intervention du « Sorcier », Amédée Gordini, qui va transfigurer l’auto en 1964. L’objectif était clair : créer une sportive capable de rivaliser avec les italiennes, mais au prix d’une voiture de grande série.
Le cœur de la bête repose sur le bloc « Sierra », plus connu sous le nom de moteur Cléon-fonte. Dans sa version initiale de 1108 cm³, ce moteur reçoit une préparation minutieuse. Gordini conçoit une culasse hémisphérique spécifique qui optimise la combustion, permettant une bien meilleure respiration à haut régime. L’alimentation est confiée à deux carburateurs double-corps Solex 40 PHH2, assurant un mélange air-essence explosif pour l’époque. Pour en savoir plus sur la base de ce modèle, il est intéressant de se pencher sur la Renault R8 classique et son histoire.
Au-delà du moteur, c’est toute la structure qui a été revue pour encaisser le surcroît de puissance. Le châssis a été rigidifié, notamment au niveau de la traverse avant et des longerons. La suspension arrière, avec ses doubles amortisseurs caractéristiques sur la version 1300, permet de « verrouiller » la voiture en appui, offrant cette glisse contrôlée si chère aux pilotes de rallye. La direction, rendue plus directe, exigeait du doigté mais offrait en retour une précision chirurgicale.
L’épopée en compétition et la démocratisation du sport automobile
La Renault 8 Gordini s’est forgée une réputation d’invincibilité sur les routes sinueuses. Son gabarit compact et son moteur en porte-à-faux arrière lui conféraient une motricité exceptionnelle, idéale pour les lacets du Tour de Corse ou les cols alpins. Jean Vinatier, figure emblématique, a démontré tout le potentiel de la voiture en remportant le Tour de Corse dès 1964, un exploit qui a assis la légitimité de la voiture face à des concurrentes bien plus puissantes. C’est cet héritage sportif qui a inspiré plus tard la filiation sportive Renault Gordini à travers les décennies.
Mais le véritable coup de génie fut la création de la Coupe Gordini en 1966. Pour la première fois, des pilotes amateurs pouvaient s’affronter à armes égales, sur circuit, avec un budget maîtrisé. Cette formule de promotion a servi de tremplin à toute une génération de champions français, comme Jean Ragnotti ou Bernard Darniche. La « Gorde » n’était plus seulement une voiture de course, elle devenait l’école de la performance à la française.
- 🏁 Victoires majeures : Tour de Corse (1964, 1965, 1966), Rallye de Norvège, Lyon-Charbonnières.
- 🔧 Évolutions clés : Passage au moteur 1255 cm³ en 1966 (version 1300) avec boîte 5 vitesses.
- 🔵 Esthétique : Le Bleu de France (réf 418) devient indissociable de l’identité sportive nationale.
- 🏆 Impact : Formation de l’élite des pilotes de rallye des années 70 et 80.
Cette philosophie de la « sportive populaire » a ouvert la voie. Elle a prouvé qu’il n’était pas nécessaire d’être millionnaire pour vivre des sensations fortes. Cet esprit perdurera avec ses descendantes, comme la Renault 12, qui a aussi conquis les passionnés, bien que dans un registre différent, plus axé sur la traction.
Restaurer et entretenir une Renault 8 Gordini en 2026
Aujourd’hui, acquérir une authentique R8 Gordini relève du parcours du combattant et nécessite un budget conséquent, les prix oscillant souvent entre 40 000 et 80 000 euros selon l’état et l’historique. La première règle d’or est la vigilance face aux nombreuses répliques. Une « vraie » Gordini se distingue par ses numéros de série (R1134 pour la 1100, R1135 pour la 1300) et des détails techniques précis comme les renforts de caisse spécifiques qui sont absents sur les modèles standards modifiés.

La mécanique, bien que robuste, demande un entretien rigoureux. Le réglage des deux carburateurs double-corps est un art qui se perd et nécessite l’oreille d’un spécialiste ou d’un amateur très éclairé. La corrosion est l’autre ennemi mortel de ces carrosseries des années 60. Lors d’une restauration, il est crucial de vérifier les soubassements, les passages de roues et les supports de cric. Pour ceux qui s’intéressent à des projets de restauration similaires, l’étude de la Renault 17 Gordini offre également des perspectives intéressantes sur les défis de carrosserie de cette époque.
Tableau de vigilance pour la restauration
| Composant 🛠️ | Point de vigilance principal | Niveau de difficulté (1-5) |
|---|---|---|
| Moteur Cléon | État de la culasse hémisphérique et synchronisation des carbus | 4/5 |
| Châssis / Coque | Corrosion sur les longerons et supports de train arrière | 5/5 |
| Boîte de vitesses | Usure des synchros (surtout sur la boîte 5 de la 1300) | 3/5 |
| Habitacle | Instrumentation complète et volant « Quillery » d’origine | 2/5 |
La disponibilité des pièces s’est améliorée grâce à des refabrications de qualité, mais certains éléments d’accastillage spécifiques restent introuvables. Il est souvent préférable d’investir dans une base saine plutôt que de tenter de sauver une « épave » dont la structure a été compromise par la rouille ou des accidents anciens mal réparés. C’est un conseil qui vaut pour toutes les icônes, y compris des modèles plus luxueux comme la Renault Floride et Caravelle, qui partagent certaines problématiques de vieillissement.
Un héritage culturel toujours vivant
L’influence de la Renault 8 Gordini dépasse largement le cadre des statistiques de production. Elle a initié le mouvement des petites bombinettes nerveuses, préfigurant l’ère des GTI bien avant l’heure. C’est elle qui a ancré l’idée que Renault était un constructeur légitime dans le sport automobile. On retrouve cet ADN dans les générations suivantes. Même si l’architecture a changé (passant du « tout à l’arrière » à la traction), l’esprit de compétition est resté intact.
En 2026, la communauté autour de la Gordini est plus active que jamais. Les clubs organisent des sorties régulières et la voiture est une star incontestée des salons comme Rétromobile ou Epoqu’Auto. Elle représente un investissement passion, une machine à remonter le temps qui procure des sensations de pilotage pures, sans filtre électronique, où le conducteur fait corps avec la machine. C’est cette authenticité brute qui continue de fasciner, à l’instar de modèles emblématiques comme la Simca 5, dont l’histoire et les caractéristiques racontent une autre facette de notre patrimoine roulant.
Quelle est la différence entre une R8 Gordini 1100 et 1300 ?
La principale différence réside dans la motorisation et la transmission. La 1100 (type R1134) sortie en 1964 possède un moteur de 1108 cm³ et une boîte 4 vitesses, avec deux phares à l’avant. La 1300 (type R1135), apparue en 1966, dispose d’un moteur 1255 cm³, d’une boîte 5 vitesses et se distingue visuellement par sa calandre à quatre phares.
La Renault 8 Gordini est-elle fiable pour rouler aujourd’hui ?
Oui, la mécanique Cléon-fonte est réputée pour sa robustesse. Cependant, comme toute voiture ancienne de haute performance, elle nécessite un entretien méticuleux, notamment le réglage des carburateurs et le respect des temps de chauffe. Un usage régulier est souvent préférable à une immobilisation prolongée.
Comment identifier une fausse Gordini ?
Il faut vérifier la plaque constructeur (R1134 ou R1135) et le numéro de série frappé à froid sur la coque. Les vraies Gordini possèdent des renforts de caisse spécifiques absents sur les R8 Major maquillées. L’expertise d’un spécialiste est vivement recommandée avant tout achat vu la valeur du véhicule.
Quel carburant utiliser pour une R8 Gordini ?
Ces moteurs étaient conçus pour de l’essence plombée à haut indice d’octane. Aujourd’hui, on utilise du Sans Plomb 98 impérativement, souvent additionné d’un substitut de plomb pour protéger les sièges de soupapes, sauf si le moteur a été refait avec une culasse adaptée au sans plomb.
Théo adore expliquer simplement des choses compliquées. Quand il ne retape pas une Golf GTI, il écrit pour transmettre ses astuces avec clarté. Il aime faire comprendre le « pourquoi du comment », sans jargon, avec passion et précision.

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